Les bateaux vikings de guerre et de commerce

Les bateaux vikings de guerre et de commerce

Les Vikings utilisaient deux grandes familles de navires : le langskip, navire long de guerre rapide et effilé, et le knörr, navire de charge large et profond conçu pour le commerce. Le mot drakkar, lui, est une invention française du 19e siècle. Construits à clin, avec une coque souple au faible tirant d'eau, ces bateaux pouvaient aussi bien traverser l'Atlantique Nord que remonter la Seine, et ils sont la vraie clé de l'expansion viking entre le 8e et le 11e siècle.

Faut-il vraiment dire drakkar ?

Commençons par tordre le cou à une idée reçue. Aucun Viking n'a jamais prononcé le mot drakkar : ce terme apparaît en France au 19e siècle, vraisemblablement forgé à partir du suédois drakar, pluriel de drake, le dragon. Les Scandinaves de l'âge viking parlaient de skip, le navire, et nommaient leurs bâtiments selon leur fonction.

Le mot n'est pas un crime pour autant : il est entré dans la langue française et tout le monde le comprend. Mais si tu veux briller, sache que le navire-dragon existait bel et bien sous le nom de dreki dans les textes nordiques, réservé aux grands navires de chefs ornés d'une tête de proue sculptée. C'est de cette image que vient toute la légende.

Quels étaient les navires de guerre vikings ?

Le navire de guerre par excellence est le langskip, le navire long. Étroit, rapide, symétrique à l'avant et à l'arrière pour manoeuvrer sans virer de bord, il est propulsé par une grande voile carrée et par des rangées d'avirons. Sa famille compte plusieurs types, classés par les textes selon le nombre de bancs de rameurs : le snekkja, léger et courant, autour d'une vingtaine de bancs, et le skeid, plus grand, qui pouvait dépasser trente bancs et embarquer une centaine d'hommes.

Les sagas célèbrent des navires royaux devenus légendaires, comme le Long Serpent du roi Olaf Tryggvason, donné comme le plus grand navire de guerre de son temps. Ces bâtiments d'exception, souvent ornés du dragon de proue, étaient des instruments de prestige autant que de guerre.

L'atout tactique décisif du langskip, c'est son faible tirant d'eau, parfois inférieur à un mètre. Là où les flottes classiques ont besoin d'un port, les Vikings débarquent sur une plage, remontent un fleuve, frappent et repartent avant toute riposte. C'est exactement le scénario des raids sur Paris par la Seine au 9e siècle. La terreur viking est d'abord une prouesse navale.

Quels navires servaient au commerce ?

L'image du pillard masque l'essentiel : les Scandinaves étaient d'abord de grands commerçants. Leur outil, c'est le knörr, le navire de charge. Plus court que le langskip mais bien plus large et plus profond, ponté à l'avant et à l'arrière, il sacrifie la vitesse à la capacité : plusieurs tonnes de marchandises, du bois, de la laine, des fourrures, du fer, et le bétail des colons en partance pour l'Islande.

Autre différence majeure : l'équipage. Là où un navire de guerre exige des dizaines de rameurs, un knörr se manoeuvre à la voile avec une poignée d'hommes, les avirons ne servant qu'aux manoeuvres de port. C'est le cargo de l'âge viking, celui qui a permis de coloniser l'Islande puis le Groenland, et d'atteindre l'Amérique du Nord : le site de L'Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, confirme une présence scandinave vers l'an 1000.

Critère Langskip (guerre) Knörr (commerce)
Forme Long, étroit, bas sur l'eau Plus court, large et profond
Propulsion Voile carrée et avirons sur toute la longueur Essentiellement la voile
Équipage De 25 à plus de 100 hommes Une dizaine d'hommes
Usage Raids, batailles, transport de troupes Commerce, colonisation, haute mer
Exemple retrouvé Skuldelev 2 et 5 (Roskilde, Danemark) Skuldelev 1 (Roskilde, Danemark)

Comment les Vikings construisaient-ils leurs bateaux ?

Le secret des charpentiers scandinaves tient en deux mots : construction à clin. Les planches de bordage, fendues dans le fil du chêne à la hache et non sciées, se chevauchent comme les ardoises d'un toit et sont rivetées entre elles par des clous de fer. On monte d'abord la coque, puis on insère la membrure, fixée souplement.

Le résultat est une coque à la fois légère, étanche et flexible, qui se déforme dans la houle au lieu de casser. Ajoute une quille robuste d'une seule pièce, une voile carrée de laine et un gouvernail d'étambot latéral fixé à tribord, et tu obtiens un navire capable d'encaisser l'Atlantique Nord avec un tirant d'eau de rivière. Pour l'époque, c'est tout simplement la meilleure technologie navale d'Europe occidentale.

La navigation, elle, reposait sur l'expérience : relèvements côtiers, observation du soleil et des étoiles, vol des oiseaux, couleur de l'eau. Les sagas mentionnent une mystérieuse pierre de soleil pour retrouver le soleil par temps couvert ; l'hypothèse d'un cristal polarisant fascine les chercheurs, même si elle reste débattue.

Quelles épaves vikings a-t-on retrouvées ?

Si l'on connaît si bien ces navires, c'est grâce à des découvertes spectaculaires. En Norvège, deux navires d'apparat ont servi de tombeaux à de hauts personnages : le navire d'Oseberg, enterré en 834 avec deux femmes et un mobilier somptueux, dont des sculptures animales d'une finesse stupéfiante, et celui de Gokstad, daté de la fin du 9e siècle, si marin qu'une réplique, le Viking, a traversé l'Atlantique en 1893 pour l'exposition universelle de Chicago.

Au Danemark, les cinq épaves de Skuldelev racontent une autre histoire : vers 1070, des habitants de Roskilde ont coulé volontairement cinq navires usés pour barrer leur fjord aux assaillants. Relevées dans les années 1960, elles offrent un échantillon complet de la flotte de l'époque : grand navire de guerre, snekkja, knörr hauturier, caboteur, bateau de pêche. On peut les voir aujourd'hui au musée des navires vikings de Roskilde, qui fait naviguer des répliques chaque été.

Jusqu'où les Vikings ont-ils navigué ?

La carte des voyages vikings donne le vertige. À l'ouest, la route du grand large : les îles Britanniques dès la fin du 8e siècle, les Féroé, l'Islande colonisée à partir des années 870, le Groenland avec Erik le Rouge vers 985, puis Terre-Neuve autour de l'an 1000 avec Leif Erikson, soit l'Amérique cinq siècles avant Colomb.

À l'est, la route des fleuves : les Suédois, appelés Varègues, descendent les grands fleuves russes en portant leurs bateaux d'un bassin à l'autre, fondent des comptoirs qui deviendront Novgorod et Kiev, et atteignent la mer Noire, la mer Caspienne et Constantinople, où certains finissent gardes du corps de l'empereur byzantin. Au sud, des flottes pillent Séville et s'aventurent en Méditerranée. Un seul et même outil rend tout cela possible : le navire à clin, assez marin pour l'océan, assez léger pour être porté entre deux rivières.

Que représentait le navire pour les Vikings ?

Le bateau dépassait largement l'outil. Les plus grands personnages étaient inhumés dans leur navire, preuve qu'on lui prêtait un rôle dans le passage vers l'autre monde. La mythologie elle-même embarque : les dieux possèdent Skidbladnir, le navire magique de Freyr, et le Ragnarök verra s'avancer Naglfar, le sinistre vaisseau fait des ongles des morts. Même les pierres commémoratives de l'île de Gotland figurent des navires en pleine mer, voile gonflée, sous le galop de Sleipnir.

La proue ornée d'une tête de dragon, enfin, était un objet quasi religieux : un texte de loi cité dans le Landnamabok islandais imposait de la démonter en vue de sa terre, pour ne pas effrayer les esprits tutélaires du pays. Le dragon de proue protégeait l'équipage en mer et défiait les puissances adverses, à la manière des bannières au corbeau hissées par les chefs vikings.

C'est cet esprit, l'audace du grand large et la protection des symboles, qui inspire encore les motifs nordiques d'aujourd'hui. Tu le retrouveras dans nos bracelets vikings aux têtes de dragon inspirées des proues, et plus largement dans toute notre collection de bijoux vikings. Pour ne jamais perdre le cap, le Vegvisir, compas magique de la tradition islandaise, complète naturellement la panoplie du navigateur.

← Retour à Le Blog Draak Viking